« On en parle ! »: la reprise des cours !

Lundi prochain, les élèves des dernières années du primaire et du secondaire retourneront sur les bancs de l’école deux jours par semaine. Ce retour était au centre de notre émission « On en parle ! ». Voici les grandes lignes de ce débat de 26 minutes.

« Ce n’est pas une rentrée des classes ! Le but, ici, est de remettre quelque part l’école dans le paysage des familles ». D’emblée, Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Université de Mons, soulage les parents qui se torturent l’esprit avec cette question : dois-je ou ne dois-je pas remettre mon enfant à l’école ? Telle ne DOIT pas être la question mais telle est la question qui taraude sans doute nombre d’entre nous à propos de notre adorable descendance.

Socrate pour nous aider !

Lorsque nous devons prendre une décison significative, Bruno Humbeeck conseille de recourir aux trois tamis de Socrate ! Mais quelle est donc cette recette philosophique ?

Première question à se poser : notre décision se base-t-elle sur quelque chose de juste, de vrai ? C’est le tamis de la vérité ! « Mais dans cette pandémie, chacun est amené à avoir sa propre vérité qu’il se sera forgé lui-même, notamment, par exemple, sur les risques pour la santé de nos enfants. Chacun se fera son opinion. Il est important de ne pas imposer sa décision aux autres et de s’autoriser d’avoir sa propre opinion. Si votre opinion vous dit qu’il n’y a pas de danger pour la santé de votre enfant, vous pouvez passer au deuxième tamis » nous assure le psychopédagogue.

Deuxième tamis : est-ce que c’est bon pour lui ? Bruno Humbeeck invite au dialogue franc avec son enfant : « On peut clairement lui demander s’il a envie d’aller à l’école pour revoir les copains par exemple. La souffrance de l’enfant est plus liée à l’absence de contacts sociaux que d’absence de matière ! ».

Troisième tamis : est-ce vraiment utile que l’enfant retourne à l’école ? « A-t-il besoin de faire un bilan de ses apprentissages, par exemple ? Sur ce point, je suis circonspect pour les première et deuxième primaires » avance Bruno Humbeeck.

Les trois tamis de Socrate permettraient donc aux parents de prendre leur propre décision sans pression aucune. Une pression que l’on peut retrouver sur les réseaux sociaux ! Or pour Thierry Dupièreux, rédacteur en chef du Ligueur, chacun a sa définition de ce qui est bon pour son enfant ou de ce qui est utile pour lui : « Il y a une double inquiétude : sanitaire et scolaire. Et cette dualité se joue aussi entre les parents. On constate un gros clivage entre les parents qui veulent remettre leurs enfants à l’école et ceux qui ne veulent pas ! Pensons qu’une famille n’est pas l’autre ! Il faut tenir compte de ces différentes réalités. Une famille qui a perdu un proche à cause du covid-19 n’aura sans doute pas le même point de vue qu’une autre famille ».

Face à ce flot d’interrogations, d’incertitudes, Bruno Humbeeck salue l’attitude de la Fédération Wallonie-Bruxelles : «  Un enfant angoissé ne doit pas être tenu de revenir sur les bancs de l’école. Ce message de la FWB qui accorde beaucoup de libertés au parents quant au retour en classe ou non, est à saluer ! »

Aller à l’école en sécurité ?

Les écoles pourront-elles faire respecter la distanciation sanitaire, les gestes d’hygiène (lavage des mains, …) ? « On mettra tout en oeuvre !» assurent  deux directeurs d’école sur notre plateau. À l’institut de La Providence de Champion, il sera possible d’accueillir uniquement 270 élèves sur les 1.200 qui fréquentent le secondaire ! « Nos élèves sont les plus lucides sur le respect de la distanciation physique comme l’a relevé une enquête interne. Ils rigolent, ils pensent que cela ne va pas aller. Or, pour ceux qui ont besoin de venir, il faudra tout faire pour qu’ils se sentent dans une environnement sécurisé » signale Olaf Mertens, directeur de l’établissement namurois.

Même son de cloche pour Thierry Scoyer, directeur de l’école Saint-Martin d’Assesse :  « On met tout en oeuvre mais les parents savent très bien qu’il sera difficile pour les enfants de moins de 12 ans d’éviter tout geste spontané vers les copains ».

En dehors des cours, « il y aura les problèmes des garderies car de nombreux parents n’auront  sans doute pas le choix de déposer leurs enfants à l’école » souligne Thierrry Dupièreux du Ligueur. Rappellons que pour faire face à cette problématique, la Ligue des familles a avancé toute une série de revendications. Si le congé parental coronavirus a été accordé par le Fédéral, la Ligue estime qu’il faut permettre, entre autres, la garde d’enfants dans plusieurs familles comme l’a récemment proposé Caroline Désir, la ministre de l’enseignement fondamental.

Dans ce contexte, Thierry Scoyer, directeur de l’école Saint-Martin à Assesse,  avance qu’il ne faut pas forcer le retour à l’école ! Olaf Mertens renchérit : « Il ne faut absolument pas lancer le message que tout le monde doit revenir. Quid alors de ceux qui ne pourront ou ne voudront pas revenir à l’école ? Il ne faudrait pas se dire qu’un tel n’est pas venu et en déduire que c’est le signe d’une mauvaise volonté et qu’il faudrait l’évaluer autrement !  Cela ne va pas du tout !  Nous, on va organiser les cours sur base volontaire et on donnera la priorité sur l’aide aux élèves en difficulté, que ce soit en présentiel ou à distance ».

Tirer les leçons de cette crise !

Selon Bruno Humbeeck, cette crise sanitaire pourrait être bénéfique pour l’école de demain : « J’entends qu’on met en place des pédagogies nouvelles. J’entends beaucoup d’enseignants qui se lancent dans le numérique. La pédagogie inversée, c’est entre autre le numérique ! Aujourd’hui, envoyer un enfant à l’école sans ordinateur c’est comme si on l’envoyait sans cartable il y a 20 ans ! »

Pour Olaf Mertens, de La Providence, il faudrait profiter de cette période spéciale pour remettre en question certains dogmes : « Remettons en question le principe d’un excès d’évaluation ! Prenons exemple aussi sur la Hollande où les élèves ont des ordinateurs ! Les enseignants ont pris pied dans le 21e siècle ». Et de conclure : « Je salue leur travail exceptionnel !».

Un travail qu’ils pourront, espérons-le, reprendre dans des conditions  plus « normales » en septembre !

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