Livret blanc

Des femmes joggeuses solitaires, j’en connais plein. Des femmes qui ont décidé de se (re)mettre au sport pour garder la forme, parfois la ligne ou tout simplement pour faire disparaître la culpabilité d’un repas trop calorique ou trop arrosé. Et puis, le jogging, c’est facile, il suffit d’une bonne paire de baskets, d’un peu (parfois beaucoup)de courage et de quelques minutes de son temps. De quoi serions-nous coupables? De sortir seules dans des endroits bucoliques, dépaysants et éloignés de toute civilisation? On nous dit imprudentes, voire inconscientes. De quoi? De sortir sans être accompagnées et de profiter du grand air? De nous créer une parenthèse rien qu’à nous loin des contrariétés professionnelles , des obligations familiales, des sorties, des courses, du stress, de la pollution, du bruit, des gens?
On ne se connaissait pas, on ne s’est, je pense, jamais parlé. Nos fils fréquentaient la même école primaire et sont aux Scouts dans la même unité depuis leur tendre enfance. On se croisait aux fancy fair, aux fêtes d’unité et… sur le halage à Salzinnes. Vous courriez bien mieux et bien plus vite que moi. Vous aviez l’air heureuse, épanouie, dans une bulle, tout en sueur et en énergie. Et c’est cette image que je vais conserver de vous. Et lors de mes prochaines sorties (car oui, je continuerai à courir), j’aurai sans doute la boule au ventre, une angoisse sourde, un besoin de regarder derrière, à gauche dans les taillis, à droite sur l’autre rive. Du moins au début et puis le temps passera, fera son œuvre. Mais j’aurai surtout une pensée pour vous et pour nos enfants, pour cette société en déliquescence où il n’y a plus ni valeurs ni repères ni sens et qui engendre des détraqués qui s’attaquent aux femmes, les frappent et les noient. Mais je continuerai à courir car c’est pour moi une question d’équilibre mais aussi, depuis, ce jeudi, une manière d’affirmer que la liberté des femmes ne peut pas s’arrêter sur le pas de leur porte et que nos filles ne peuvent pas grandir et vivre avec l’idée qu’elles ne sont plus en sécurité nulle part sur cette terre.

Ingrid Bertrand

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Smetz Y. dit :

novembre 8, 2018

La perte d'un être cher est un déchirement atroce et particulièrement dans ces circonstances incompréhensibles. Je présente mes sincères condoléances à la famille dans la peine et tout spécialement au mari et aux enfants. Courage dans ces moments pénibles.

NICOLAS Yvan dit :

novembre 8, 2018

Pour que Wivinne ne meure jamais.... Et que l'Humanité gagne le Jogging de la Vie.

Teise Corinne dit :

novembre 7, 2018

J'aimerais simplement apporter mon soutien à vous, Monsieur et à vous, chers Enfants. Ayant habité Boninne les 30 premiers années de ma vie, cette histoire m'a profondément touchée, même si je ne vous connais pas personnellement. Dans ma tête, Boninne était un village sans histoire, où on se sentait en sécurité et où rien ne pouvait arriver, comme dans une bulle. Ce rêve d'enfant s'est envolé avec Mme Marion, ce 1/11/18, à cause d'un inconscient... Courage

Dewel Sébastien dit :

novembre 7, 2018

Pensée à toute la famille de Wivinne Marion dans ses pénibles moments

Luc Gilles dit :

novembre 7, 2018

Madame marion je la connaissais mais c est affreux ce qu' il lui est arrivee

Duchêne Monique dit :

novembre 7, 2018

Une épouse, une maman, une belle personne, un médecin au service d'enfants fragiles, une famille brisée par la perte tragique de cet être cher... Un sinistre individu qui ôte la vie sauvagement et qui ose prétendre ne pas se souvenir... C'est révoltant, abominable, lâche. A cette famille éplorée, je voudrais dire combien je pense à eux et m'associe à leur douleur. Je ne vous connais pas personnellement mais votre deuil me touche au plus profond de mon être. Courage à vous pour surmonter ces instants pénibles ainsi que ceux à venir.